Poèmes

Ephémère

 

Je m’effacerai

Comme une feuille au vent

Qui aura tourbillonné

Un tout petit instant

Je m’effacerai

Comme une lettre oubliée

Qui aura signifié

Un tout petit instant

Je m’effacerai

Comme un pas dans le sable

Qui aura existé

Un tout petit instant

Je m’effacerai

Comme une hirondelle

Qui aura voyagé

Un tout petit instant

Je m’effacerai

Comme un strapontin

Qu’on aura occupé

Un tout petit instant

Je m’effacerai

Comme une fumée

Qu’on aura entrevue

Un tout petit instant

Je m’effacerai

Comme un bonheur fugace

Qui aura transité

Un tout petit instant

Je m’effacerai…

 

ARLES

Arles au coin d’une rue

Le Rhône majestueux

Impétueux séculaire

Comme une tranchée vive

Blessure entre les rives

Beau costume arlaten

Dont se parent les Reines

Sur des chevaux nerveux

A l’œil inquisiteur

De coquins en goguette

Arles au coin d’une rue

Silence des arènes

Sous le plomb de midi

Le touriste échauffé

Cherche l’ombre et déserte

Les rues où les volets

Peinent à retenir l’ombre

Place de la mairie

Les photographes en herbe

Se souviennent de Clergue

Arles au coin d’une rue

Vaillance des toros

Aux mufles haut dressés

Aux cornes aguichantes

Ici finit l’Espagne

Dans un éclat mystique

Et la via Aurélia

De sa sinuosité

Dessine une grande ourse

De la romanité.

(Carnets de voyages, in Mémoires en couleurs, édition 9éditions)

 

 

 

 

 

Castellucchio

Te souvient-il de notre haleine

Accordée au vent aquilin

Qui transperçait la Grande Plaine

En dévalant des Sibillins ?

 

Te souvient-il de ce skieur

Mince trait lointain d’encre noire

Que dessinait un dieu rieur

En une trace aléatoire ?

 

Te souvient-il de cette pomme

Partagée contre la bourrasque

Au talus d’un chemin sans homme

Au ras de pivoines fantasques ?

 

Te souvient-il de nos deux mains

Enlacées vivantes et heureuses

Anticipant les lendemains

Comme d’infinies amoureuses ?

 

Te souvient-il d’une seconde

Où nos silhouettes tourmentées

Au haut de la vallée profonde

Ont contemplé l’éternité ?